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Une innovation technologique réussie est une innovation en phase avec le changement social et culturel


Philippe MALLEIN,
Sociologue de l'usage, CNRS, Conseiller Scientifique Innovation et Usage au CEA




"Il y a encore quelques années, on avait pour habitude de séparer les choses, de les mettre dans des cases, mais le monde est aujourd'hui plus complexe. Nous sommes passés de la société du "OU" à la société du "ET". Nous fonctionnons tous de façon paradoxale : nous voulons gagner du temps et en perdre ; vivre séparément et ensemble...". Partant de ce principe, Philippe MALLEIN a développé une méthode pour accompagner l'innovation et son acceptabilité : la méthode CAUTIC (conception assistée par l'usage pour les technologies, l'innovation et le changement). Elle permet d'anticiper les réactions des premiers utilisateurs face à l'innovation en identifiant la manière dont ils pensent et conçoivent son usage. "Une bonne innovation doit à la fois attirer et inquiéter pour être appropriée par les futurs utilisateurs" rappelle-t-il. Cela fait plus de 15 ans qu'il expérimente sa méthode dans le domaine des TIC, aujourd'hui il est consulté pour développer des projets énergétiques. "On vient de monter avec le Groupe Bouygues, Renault et EDF un plateau d'innovation énergétique au sein de MINATEC IDEAs Laboratory, sur le Campus MINATEC à Grenoble. L'objectif : concevoir un programme d'outils "0 émission", type batteries, piles à combustible. Va-t-on trouver les mêmes paradoxes dans les innovations énergétiques ? Où les paradoxes vont-ils se situer ?"

Il poursuit : "A la question : comment les collectivités vont-elles s'y prendre pour leur Plan Climat ? Selon moi, il ne suffit pas d'inciter les uns et les autres à être de "bons" citoyens par l'appropriation de bonnes pratiques, il faut tout à la fois être "bon" et "mauvais" citoyen pour que les choses se mettent en place, fonctionnent, donnent des résultats et se généralisent. Acceptons de maîtriser, d'économiser, de réduire les émissions de CO2, tout en continuant d'être mobile et de dépenser. C'est ainsi qu'il faut penser l'évolution de nos sociétés, le progrès et sans la transformation du modèle énergétique. Finalement, tout cela est beaucoup plus dû à des traits culturels et sociaux qu'à la seule influence de la technique. En matière énergétique, c'est l'état de ma réflexion à l'heure actuelle et je suis très content de participer à ces Assises de l'Energie et du Climat pour la partager avec les congressistes".
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